Au plus profond de moi, je me jurais qu'un jour ils verraient, qu'un jour je leur montrerais.
J'aurais pu faire de la gymnastique. J'étais douée, j'étais jeune, j'ai arrêté. J'aurais pu faire 10cm et 10kg de moins, j'aurais pu.
J'ai fais du violon. J'étais très douée. On a voulu me propulser là dedans, faire de moi une professionnel, écoles spécialisées tout ça. J'ai refusé tout en bloc, un tapis rouge devant les yeux.
A l'époque, j'allais beaucoup au cinéma. J'aimais plus que tout au monde pénétrer dans cette salle noir aux fauteuils rouges, me délécter du son surround, des histoires qui ne m'arriveraient jamais. J'en resortais toujours plus déterminée, toujours plus animée par cette passion qu'était déjà tenir une caméra et mettre dans une boîte une histoire pas comme les autres.
L'adolescence. Quand mon corps m'a envoyé dans la gueule que j'avais beau être un garçon manqué, je restais quand même un être à deux chromosomes X et que toute la volonté du monde ne changerait pas ça. Insulte à la dignité humaine tout ce qui m'est arrivé. Est-il possible d'entrer dans un état de dépression à l'âge de 13 ans et de s'en rendre compte que cinq ans plus tard ? La solitude, extrème, le cinéma comme jamais. Les posters, comme jamais. Eux, comme jamais. Je leur dois certainement la vie, si c'est pas pathétique.
Le déménagement. Un choc. J'ai pleuré. J'ai regretté, je regrette toujours, il est des choses dont on ne guéri pas. Peut-être un moyen de faire une croix sur 14 années médiocres à souhaits et de repartir à zéro, ailleurs, où personne ne me connait et où je ne connais personne.
Pas d'interlocuteur de nouveau, encore moins même. N'est-il pas une personne qui soit semblable à moi ? J'ai tout fermé, yeux, coeur et âme.
La musique. Un groupe. Une alternative comme jamais je n'en avais eu besoin. Un mal. J'étais tombée dans le trop, j'ai cru pouvoir toucher du doigt une étoile beaucoup trop haute. Je suis tombée et mes blessures saignent encore.
J'ai eu besoin de l'écriture comme jamais. Elle m'avait prise à 13 ans, j'en avais éprouvée le besoin dès le début du mal, elle ne m'a jamais lâché. Tout m'est un jour passé sauf l'écriture. Mais vous n'êtes pas réels mes amours, vous ne l'êtes pas plus que je ne suis fiction.
La fin d'un cursus, la porte vers l'avenir. Je rate une marche, je signe pour 3 ans et je monte pleurer. J'avais fondé des espoirs en pensant naïvement au modèle américain façon série TV.
Encore une fois de la décéption, cruelle. De la solitude, toujours, il est vraiment des choses avec lesquelles il est difficile de faire. Ces gens qui ne se posent de questions sur rien. Ces gens tellement pas comme moi, suis-je unique ? Au fond, je l'espère, je ne souhaite à personne d'endosser tant de capacité à penser, à réfléchir, à psychoter sur une poussière.
L'Amour. *marque un arrêt*. La chute, la plus terrible, la plus sanglante, celle dont on croit dur comme fer qu'on ne pourra jamais se remettre. Toute la vie, les sens, l'avenir aspirés dans un espace gros comme le poing. Fonder tous ses espoirs en un autre. Grossière erreur que je vais m'efforcer de ne plus commettre. On ne sait jamais si on peut se relever deux fois. Encore une fois, j'ai cru pouvoir briller de la lumière d'un astre beaucoup trop bien quelque chose et je m'y suis brûlée. Les brûlures, ça s'en va pas même le jour où elles font plus mal.
Et me voilà. A tenter de fermer les yeux sur la vie des autres. Infiniment meilleure plus prometteuse, riche en joie, rebondissement, actions.
Je ne suis pas la personne exceptionnelle que j'avais espérée devenir. Je suis juste moi, une fille qui aurait du être un garçon, sans but, à me dire que de doute façon la mort frappera tout le monde un jour ou l'autre et que c'est là faut que se règleront les comptes.
Je m'efforce simplement d'avancer, les yeux fermés mais les bras en avant, sans me blesser davantage. On m'oubliera, comme beaucoup, comme presque tout le monde. Mais moi je voulais pas être tout le monde et je suis devenue personne.
Ma biographie tiens en ces lignes. Elle ne comporte aucun intérêt quelconque.
Aujourd'hui, j'aimerais juste être quelqun de bien. C'est peut-être ça le combat d'une vie.

